Une maladie fréquente, encore trop invisible
L’endométriose est une maladie inflammatoire chronique où des tissus semblables à l’endomètre se développent en dehors de l’utérus, provoquant douleurs, troubles digestifs, fatigue, complications urinaires et parfois infertilité. Elle touche environ 1 femme sur 10 selon l’ARS Guadeloupe, et jusqu’à 1 femme sur 7 selon certaines estimations internationales.
Aux Antilles, la maladie reste sous‑diagnostiquée, avec un délai moyen de diagnostic de plusieurs années, aggravant les douleurs et les complications.
MARTINIQUE & GUADELOUPE : DES TERRITOIRES PARTICULIÈREMENT VULNÉRABLES
1. Un manque de structures spécialisées
En Guadeloupe, les femmes souffrant d’endométriose profonde doivent souvent se rendre en Hexagone pour bénéficier d’une prise en charge chirurgicale adaptée, faute de moyens locaux suffisants.
En Martinique, les initiatives de sensibilisation existent, mais la maladie demeure « mystérieuse » et encore mal comprise, y compris dans le parcours médical.
2. Des professionnels de santé en demande de formation
Une étude menée en Guadeloupe souligne la nécessité d’améliorer les connaissances et pratiques des médecins généralistes pour mieux diagnostiquer et orienter les patientes.
3. Un impact sociétal majeur
L’endométriose entraîne :
- absentéisme professionnel, difficultés à maintenir un emploi stable
- coûts directs et indirects élevés pour les patientes et la société
- fatigue chronique et douleurs invalidantes
- atteinte à la fertilité, générant anxiété et sentiment d’injustice
- isolement social, car la douleur est souvent minimisée ou incomprise
Ces conséquences sont confirmées par les analyses épidémiologiques régionales.
UN ENJEU DE SANTÉ PUBLIQUE MAJEUR AUX ANTILLES
1. Une maladie encore taboue
Dans les sociétés antillaises, où la douleur menstruelle est souvent banalisée, les femmes tardent à consulter. Le tabou autour du corps féminin renforce le silence et retarde le diagnostic.
2. Une inégalité territoriale
Le manque de centres spécialisés crée une injustice sanitaire :
- les femmes ayant les moyens voyagent pour se faire soigner ;
- les autres restent dans un parcours de douleur chronique, sans solution durable.
3. Une urgence : structurer un parcours de soins local
Les Antilles ont besoin :
- de centres experts dédiés à l’endométriose ;
- de formations renforcées pour les médecins généralistes ;
- de campagnes de sensibilisation pour briser le tabou ;
- d’un accompagnement psychologique et social pour les patientes.
VERS UNE PRISE DE CONSCIENCE COLLECTIVE
L’endométriose n’est pas qu’une maladie gynécologique : c’est un enjeu de société, un révélateur des inégalités de santé et du manque de ressources médicales dans les territoires ultramarins.
En Martinique comme en Guadeloupe, les femmes portent encore trop souvent seules le poids de cette maladie. Mais la multiplication des conférences, des actions de prévention, des études régionales et des prises de parole publiques marque un tournant : la parole se libère, la maladie sort de l’ombre, et la demande d’un véritable parcours de soins antillais devient incontournable.