La Martinique et la Guadeloupe vivent aujourd’hui l’une des mutations démographiques les plus marquantes de leur histoire contemporaine. Longtemps caractérisées par une population jeune et en croissance, elles sont désormais engagées dans un cycle de déclin démographique, marqué par la baisse des naissances, l’émigration des jeunes et un vieillissement accéléré.
Ces tendances, confirmées par les données les plus récentes de l’INSEE et des institutions locales, redessinent profondément l’avenir social, économique et territorial des deux îles.
1. Une baisse continue de la population
Martinique
Au 1er janvier 2025, la Martinique compte 355 500 habitants, confirmant une baisse continue depuis plus de dix ans. Selon l’INSEE, le recul démographique se poursuit en raison d’un solde naturel négatif (moins de naissances que de décès) et d’un solde migratoire négatif (départs supérieurs aux arrivées) pour la cinquième année consécutive.
Le CESCEEM précise que la Martinique a perdu 25 400 habitants en dix ans, soit une baisse moyenne de 0,7 % par an.
Guadeloupe
Bien que les données précises 2024–2025 n’aient pas été fournies dans les sources consultées, les tendances générales sont similaires :
- baisse de la population,
- vieillissement accéléré,
- émigration des jeunes adultes,
- solde naturel en diminution.
Les deux îles sont d’ailleurs identifiées comme les seules régions d’Outre-mer à perdre des habitants sur la période récente.
2. Une natalité en chute libre
Martinique
La baisse des naissances est particulièrement marquée :
- 2 800 naissances en 2024,
- soit une chute de 16 % en un an, la plus forte de toutes les régions françaises.
- Le taux de natalité tombe à 7,9 naissances pour 1 000 habitants, très en dessous de la moyenne nationale.
Cette baisse s’explique notamment par la diminution du nombre de femmes en âge de procréer :
- 89 900 femmes de 15 à 50 ans en 2014,
- contre 71 500 en 2024.
Guadeloupe
Les tendances sont comparables :
- baisse du nombre de naissances,
- recul de la fécondité,
- diminution du nombre de jeunes femmes.
3. Un vieillissement accéléré
Martinique
La Martinique est aujourd’hui la région française où la part des seniors est la plus élevée :
- 35 % de la population a 60 ans ou plus en 2025.
Selon l’ORS, la part des plus de 60 ans est passée de 24 % en 2013 à 33 % en 2023, confirmant une dynamique rapide.
Guadeloupe
La Guadeloupe suit la même trajectoire, avec une pyramide des âges qui se renverse progressivement :
- baisse des moins de 25 ans,
- hausse des plus de 60 ans.
4. L’émigration des jeunes : un phénomène structurant
Les deux territoires connaissent un départ massif des jeunes adultes, souvent diplômés, vers :
- la France hexagonale,
- le Canada,
- les États-Unis,
- d’autres territoires caribéens.
Ce phénomène, déjà ancien, s’intensifie et contribue :
- à la baisse de la natalité,
- à la diminution de la population active,
- à la fragilisation du renouvellement des générations.
5. Les conséquences socio-économiques
Un marché du travail sous tension
La baisse de la population active et le vieillissement posent des défis majeurs :
- renouvellement des compétences,
- attractivité des métiers,
- adaptation des entreprises.
Les chiffres clés 2024 de la DEETS soulignent l’importance de ces enjeux pour la Martinique.
Une pression accrue sur les systèmes de santé et de solidarité
Le vieillissement implique :
- une hausse des besoins en soins,
- une augmentation des maladies chroniques,
- une demande croissante en services à la personne.
Une transformation des territoires
La baisse de population entraîne :
- des logements vacants,
- des écoles qui ferment,
- une recomposition des centralités urbaines.
6. Vers une nouvelle stratégie démographique ?
Face à ces défis, plusieurs pistes émergent :
- politiques de retour des jeunes et des diasporas,
- attractivité économique renforcée,
- soutien à la natalité,
- développement de filières adaptées au vieillissement (silver économie),
- aménagement du territoire repensé.
Les institutions locales (INSEE, DEETS, CESCEEM, ORS) insistent sur la nécessité d’une vision à long terme, intégrant démographie, économie, santé et cohésion sociale.
Conclusion
La Martinique et la Guadeloupe vivent une transition démographique majeure, marquée par :
- une baisse rapide de la population,
- une natalité en chute,
- un vieillissement accéléré,
- une émigration persistante des jeunes.
Ces dynamiques, inédites par leur ampleur, redéfinissent l’avenir des deux territoires. Elles appellent des réponses ambitieuses, structurées et adaptées aux réalités caribéennes du XXIᵉ siècle.